La fin de plus qu’un modèle ?

Publié le par Nico









 (En avance / from Paris)

 

 

 

 

 

Point de déclinisme dans ces lignes. Point de France qui perd, qui déprime, qui se nie, qui tombe, moisie, coule ou s’affaisse, je laisse à Nicolas Baverez (éditions Perrin) auteur du livre de chevet de Sarko – pour la première fois derrière DDV dans les sondages – à Attali, Christophe Lambert (« La société de la peur ») à Sollers et autres masochistes de la pensée dominante (de droite, de gauche) ainsi qu’aux médias unanimes [ Marianne semblant faire exception : voir le très bon dossier de Philippe Cohen et Serge Maury paru dans le numéro 440 de la semaine dernière à ce sujet ] qui nous en rabattent les oreilles, le soin de ces attaques en règles. « Le déclinisme constitutif du Sakosysme  et de son exécration du modèle français (...) irradie dans toutes les directions, y compris à gauche. »

 

 

Non. C’est du modèle, de la vision, de l’aspiration, du sens et de la forme de notre chemin que je souhaite brièvement ici débattre.

 

 

« Gouverner c’est choisir » résumait je ne sais plus qui (et l’on s’en fou). La politique - celle qui passionne encore, loin des urnes, en son sens premier - est cette gestion de la cité et du destin des hommes et des femmes qui la composent, qui mérite la curiosité et la réflexion ouverte, transversale, que nos chers cahiers on-line permettent (facilitent ?) tels des agoras technologiques d’une ère qui ne devrait avoir d’autre priorité que de se réinventer.

 

 

Notre « modèle » (français) serait donc en péril… Décrié, fustigé, il est cela-dit basé sur de beaux et sains (je n’ai pas dit « saint ») principes : liberté républicaine, solidarité fondatrice, fraternité détachée des dogmes (laïcité). Une démocratie d’expression et d’opinion élevée au sein d’un Etat providence sous perfusion. La France est une icône qui, d’orgueil en souvenirs, doit chasser la brosse à reluire la complaisance afin de séduire à nouveau ses forces vives. Penser Demain, imaginer loin de tout « modèle » figé une voie noble, pertinente et audacieuse est notre tâche, celle de la génération du durable et de la mondialisation, de la prise de conscience post-postindustrielle, dépucelée de ses soixantuitards et autres ventripotentes chimères, désinhibée (« I had a dream ») de ses peurs ancestrales. L’impôt ne tue pas. L’Etat ne sauve pas. Mais l’autodépréciation, elle, gangrène.  Le travail n’est pas une fin. L’individualiste loisir en est par contre le placebo.

 

 

Se prendre en main reviendrait à se dépoussiérer les neurones, se shampouiner (au karsher ?!) les idéaux et renoncer aux charismatiques pour mieux préparer cet « autre monde » qui, sans nous, sans cela, verra le jour brumeux voir asphyxiés de non-dits et autres actes manqués.

 

 

Mais quel est donc ce « modèle » dont l’agonie fait tant couler d’encre ? Celui qui instruit et soigne mieux qu’outre-atlantique ? Qui sait dire non aux guerres mensongères comme s’insurger d’un pacifisme à outrance et coupable ? Celui qui fait de la France le 3° pays au monde en terme d’investissements étrangers (qui dit mieux) ? Ou celui dont le budget creuse de 47 milliard le déficit (plus que les sommes perçues via la TIPP, 30 milliards d’Euros, ou via l’impôt sur les sociétés, près de 43 milliards d’Euros, ou à peine moins que celles perçues par nos actuels impôts sur le revenu, soit 55 milliards d’Euros) ? Celui qui mise sur une croissance irréaliste voir franchement ironique ? Dont la participation aux scrutins est honteuse et qui laisse le borgne lutter au coude à coude avec un entourloupeur au deuxième tour de présidentielles ? Celui qui oppose néo-libéraux et sociaux-trucs et donne à ses voisins des leçons de consensus centriste ? Qui s’enthousiasme pour un terrorisant et sinistre hyperactif d’un mètre cinquante-neuf au reconnaissable dodelinement de la tête ? Ou celui qui lorgne vers un autre « modèle », un jour Canadien, l’autre jour anglais, ricain ou suédois (et j’en passe) tout autant obsolètes ou critiquables ? Bien malin celui qui résumera ce qu’est ce « modèle » sans en écorcher ni l’essence ni l’histoire…

 

 

Loin des formules pompeuses et empruntées des bobos au fascisme social réinventé, des dîners de précieux et autres méprisants élitistes ou hiérarques médiatiques, que veut dire ce coma conceptuel colportés sur toutes les lèvres bien-pensantes ? Car il n’est point de « modèle » meilleur que celui qui se refuse à en être un, statique, théorisé, populiste à la Baverez, détestable comme un néojenesaisquoitiste de comptoir énarquisé. Toute OPA sur les idées, tout cannibalisme d’un système par volonté d’en imposer un autre mène à une exclusion de l’espoir. Et l’espoir est l’opium du citoyen. Repenser un modèle ne peut être simplement le contester ou le déconstruire, c’est innover et inventer un chemin plus pragmatique, plus humain (bio-logique ?), moins sclérosé, moins technocratique, sans doute. Imiter serait renoncer. Réformer ne peut se faire en dissolvant le « peuple » dans des urnes binaires et absconses que l’on emplie sans envie des cartes de visites éphémères d’arrivistes professionnels. Tant va la cruche à l’eau… Que de la connerie elle déverse et de la facilité se satisfait.

 

 

Entre acquis insacrifiables et xénophobie larvée dort une frange citoyenne aphone, ni médiocre, ni ignorante, ni égoïste, dont le poil s’irisse à chaque nouveau discours fleuve mais qui ne doit compter ni sur la rue, ni sur les urnes. Seul le débat paie. Et de ce débat internet est tout sauf l’ennemi. Il ne s’agit pas tant de prendre le pouvoir mes ses propres responsabilités. Dans une société de plan-pied qui se battit pierre à pierre et se découvre de jour en jour, c’est à chacun de s’émouvoir, de s’activer, de l’ouvrir. L’esprit de système doit céder le pas. 

 

 

Ce beau pays mérite un bel élan. Notre élan. Ne dédaignons ni nos racines, ni nos rêves (le véritable progrès est voisin de l’utopie). Ce cri, cette « envie d’aller » justifie plus qu’un timide écho, fut-il sympathique. La Francophobie (ou hexagonite) est tout autant abrutie qu’abrutissante. Elle a les pieds dans le purin ! Tordons le cou au coq hurleur, singeons l’odieuse Marseillaise (« qu’un sang impure abreuve nos sillons »… Voulez-vous vraiment entendre vos enfants chanter cette immondice ?!) mais relevons la tête. Nous sommes la lumière. Parmi d’autres. Ce n’est pas d’en haut que viendra le courage. Pour que vive la démocratie républicaine responsable, ne laissons pas ceux qui s’effondrent déclarer que la France s’écroule. Et n’ayons crainte : la décrépitude de telle ou telle caste dirigeante ressuscite (toujours) l’excédent créatif. Le notre.

 

 

Ce n’est pas un modèle qui s’achève.
C’est l’idée même d’un modèle.
Et c’est une chance historique.

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans nues

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actuz 04/10/2005 11:06

biensur que l'on avance, doucement certes mais la machine se met en route, bientot...

nico 04/10/2005 09:32

Entropie > je crois que l'on se comprend bien :) et je vois que tu as suivis en parallèle de récents débats notamment chez José ( http://carnetsdenuit.typepad.com/carnets_de_nuit/2005/09/pourquoi_le_chm.html#comment-9944205 )... On avance ?!

entropie 04/10/2005 01:08

idée: et s'il n'y avait plus UN leader mais des multitudes d'êtres capables d'être leader...en commençant par être responsables de nos actions, actes militants et actes personnel?
Si le "carnet" est l'avenir de la démocratie, alors on est en plein dedans...et il faut l'étendre, ce modèle!

F. de C. 03/10/2005 14:14

Même sans rien dire, on peut faire un pas en avant. Et, au fur et à mesure qu'on avance, la vision change et, forcément, ça se répercute. Je sais, ça paraît vague, dit comme ça... mais en réalité, ça ne l'est pas. Bon, je m'en vais faire mon petit pas du jour.

actuz 03/10/2005 12:12

c'est ça le pb qd on arrive en retard, il n'y a plus rien a dire ;)