« Se choisir un ennemi* »

Publié le par Nico








(Made in TGV / Posted from Paris)

 
 
Les deux principales puissances mondiales (USA et Chine – ne cherchez pas l’Europe dans ce couple) se redoutent autant qu’elles sont interdépendantes. L’une et l’autre sont le principal client ou fournisseur ainsi que le premier investisseur (à peu de chose près) de son « alter ego ». Et toutes deux sont les ennemies jurées des décennies à venir.
 
Le binôme qui verra ou accélérera, bon grès, mal grès, la fin du capitalisme (lire à ce propos cet excellent
blog, observateur attentif et documenté du « plus passionnant bouleversement de l’époque moderne ») se guète et s’évalue avec un effroi qu’aucun des deux ne saurait plus longtemps cacher. L’ennemi de Deubelyou n’est ni irakien, ni iranien, ni saoudien. Il est son plus gros concurrent en terme de consommation d’énergie fossile, de conquêtes de marchés, d’investissements militaires, d’aspiration à grandir. Et cette « guerre » là est et sera tout sauf froide.

Si le terrorisme est capable de détruire des tours, de voler des vies, de briser l’espoir, (et de mettre en péril des démocraties fragiles) l’ascension de Pékin-Shanghai et consorts (car il serait absurde d’ignorer, entre autres, la poussée indienne) malgré les difficultés chroniques d’un Etat criblé de difficultés mais dont la croissance et l’ambition galopantes sont devenus une évidence factuelle est « riche² » de bien plus de dangers pour les « maîtres du monde » en place que quelque barbu que ce soit… Si tant est que ces derniers ne détiennent ou ne sachent utiliser ces valises (nucléaires) évaporées de l’ex-URSS ou d’un Pakistan-passoire.
 
Le « couple du siècle » (tel qu’il se pense et sans doute à juste titre) ne partage pas la même vision de « demain ». Rivaux stratégiques, les deux « grands » tentent de masquer derrière des discours lénifiants les germes de ce qui sera à n’en pas douter le(s) « conflit(s) » de demain. Tian’anmen n’est pas si loin et les métamorphoses vécues par la Chine (en un temps record) ne doivent pas travestir ni le fond ni les réflexes (pavloviens ?) d’une civilisation qui ne méprise rien tant que ceux qu’ils estiment être « sur le déclin » : Nous, l’occident, dont l’Amérique est une caricature autant que le leader incontesté. Corruption endémique, Etat gangrené et disparités de richesses hallucinantes ne sont que la partie immergée d’un Iceberg qui n’a de bridé que le faciès. Car face à une économie ricaine exsangue (car surendettée et « out of control ») le moteur chinois, lui, perd tellement d’huile et toussote si fort qu’il ne pourra durablement cacher son leitmotiv : s’enrichir. Enfin. Plus. De la stupeur impériale à la frénésie commerciale, une génération a vécu en accéléré les transformations que la « vieille Europe » aura mis un siècle à vivre. Non sans difficultés.
 
Ne laissez/laissons pas ces deux là s’affronter ! De la menace économique et diplomatique que fait craindre cette tension à la crise énergétique et la réplique militaire pressentie il n’y a pas plus qu’un pas. Celui que l’on fait par peur de l’autre. Par repli sur sois. Par crainte de sa propre fin. Une goutte d’eau suffirait. Une goutte d’eau que Taïwan, parmi d’autres, incarne déjà.  Ne nous trompons pas d’ennemi. L’histoire nous a déjà trop souvent démontré combien dans nos propres faiblesses se nichent les maux qui conduisent au pire. Le péril jaune, c’est celui de nos terreurs.
Notre pire ennemi, c’est nous-même.
 
Hu Jintao comme Bush se méfieront-ils d’eux-mêmes quand il s’agira de débattre de leurs influences sur le centre névralgique des prochaines décennies (le Pacifique), ou encore sur le taux du yuan, le dossier coréen, le cas de Taïwan… Ou la question des droits de l’homme ? Les deux camps s’arment. Nous pouvons d’hors et déjà craindre le pire de (l’affrontement de) ces deux-là.




A suivre semaine prochaine : « France, la faillite de plus qu’un modèle ? »
 

 
 
* = Formule empruntée à Carl Schmitt, l’un des maîtres à penser des faucons néoconservateurs au pouvoir aux Etats-Unis. Cette réflexion est le fondement de la nouvelle politique de l’administration Bush, passée de la « lutte – puis guerre – contre le terrorisme » au maintient de la « sécurité nationale » (que Katrina a à son tour renforcé).
 
² = le déficit commercial entre Pékin et Washington est passé en quinze ans d’un stade quasi nul à près de 200 milliards de dollars.


Bon surf ; je ne pouvais résister à vous poster ce supplément parisien ;-)




Publié dans nues

Commenter cet article

nico 03/10/2005 11:31

Laurent > pense à faire une sauvegarde avant...

Empcam > j'ai plus la date en tête mais il n'y a pas les JO gays avant ?!

Xav > c'est quoi les deux que je n'ai pas moi ?

Fred > reste que la pénurie de brut destalibisera cet "équilibre" (le mot me chagrine) dès franchissement du peak oil... entre autres...

Nico 01/10/2005 17:23

je passe en 2 secondes... le temps de vous "jeter" cet article depuis mon porte clef USB... A lundi ;-)

javafred 01/10/2005 15:49

Non rassure-toi, ils ont bien trop besoin l'un de l'autre.
Les US vendent à la Chine de la technologie à bon prix, ce qui permet à ses world companies d'exporter . Et la Chine a besoin de cet afflux de techno qu'elle ne maîtrise pas encore pour pouvoir un jour la copier.

Je te donne un exemple qui me touche de près : le marché de la beauté explose littéralement en Chine. Comme c'est nouveau pour eux et qu'ils n'ont aucun savoir-faire ni expérience dans ce domaine pour l'instant, les multinationales US sont là à l demande des investissuerrs chinois pour leur monter des centres de remise en forme complets clés en mains.

Et c'est comme cela dans de multiples domaines.
Et Taiwan est souvent la porte d'entrée pour entrer et sortir les matériels de Chine, donc ce n'est pas prêt de changer car trop besoin les uns des autres.

xav 01/10/2005 15:05

Cet article est excellent et mérite l'attention et la réflexion collective. J'applaudis des quatre mains .

empcam 01/10/2005 11:31

mais qu'est ce que tu racontes ? Les J. O c'est en 2008 non ?