J'ai envie...

Publié le par Nico








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One Day Someday (mp3) by Romano Cordova / source : Songs Illinois


 
... D'écouter Clapton une dernière fois à tes côtés, de courir à la troisième base pour toi, de prendre cette guitare pour ne rien en sortir, de ne pas prendre cet avion, de serrer ta mère, même ta mère, dans mes bras, de deviner ce ventre qui grossit, de laisser filer les secondes à tes côtés, sur cette chaise longue que je détestais, bancale, inconfortable, j'ai envie de ne pas te voir franchir ce portique, de manger des nuggets trop gras et trop enfouis de mayonnaise que l'on dit sauce cocktail, de penser à ces taxes, que je conspuais, de rêver de ce jardin que la seule idée de tondre m'agaçait, de dormir à tes côtés et de me retourner pour fuir tes ronflements, de passer un instant de plus à regarder cramer les merguez sur ce barbecue qui ne tirait pas, de laisser le soleil cramer ma peau, de marcher sur un ortie et de me dire que les orties, ça pique, de redouter ce moment où il faudra se dire que l'on s'est trompé, mais que l'on regrette, de boire ce vin qu'il n'aurait jamais fallu ouvrir, d'embrasser encore ton père qui détestait cela, de passer devant ce commerce aux légumes trop chers, d'attendre à ce feu qui ne sert à rien, de m'agacer de ces passants qui ne savent passer sans brailler, de détester ce mec qui n'avait d'yeux que pour ton décolleté, de trouvé ces glaces trop sucrées, cette jetée trop fréquentée, cet plage trop proprette, cette musique trop facile, de ne pas vouloir de ce gratin qui n'aurait pas du attendre nos voisins arrivés en retard, de me dire encore que j'aurais pu vendre cette voiture plus cher, acheter cette autre plus tard, regretter encore ce crédit dont on aurait pu se passer, me répéter encore que l'aspirateur est un sport qu'il ne faudrait pas pratiquer, que Supertramp est un groupe que j'aurais du découvrir plus tard pour l'aimer moins, que jamais nos enfants ne jouerons en boucle la Lettre à Élise, de laisser sonner ce portable parce qu'à l'horizontal il est odieux d'être interrompu par cette sonnerie stridente, de ne pas choisir ce vol pour L.A. plutôt que cet autre pour Auckland, de ne jamais croiser la route de cet homme qui ne savait laquelle prendre pour ne jamais la rendre, ne jamais me dire qu'il nous reste à peine le temps de se répéter que l'on s'aime, que l'on va se manquer, que la vie ne tient qu'à un choix, un con, une hésitation, de préférer le train à ce bi-réacteur qui toussotait, de changer d'avis puisqu'il a à un moment était possible de le faire. Et il est trop tard. Ce sera un champ et ce sera cet arbre. Ce sera une mélodie, qui ne me quittera jamais. This is the end, mon amour. Et l'on ne verra jamais cet aéroport puant que tu redoutais tant. mais il est trop tard. Et je ne verrai jamais ce douze septembre funeste.
 
 
Extrait d'une lettre que n'a pas écrit un passager de l'un des vols détourné, il y a quatre ans, dans un ciel américain devenu pour quelques heures ou une éternité, lugubre.

 

Publié dans nues

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nico 13/09/2005 11:16

(fiction pondue hier soir > j'anticipe la question :)