Al Katrina

Publié le par Nico







Je m'appelle Fats Domino. Ou plutôt, c'est sous ce nom que vous me connaissez. J'erre actuellement sur un radeau de fortune, entre nul et part et cet îlot qui fut une ville. Je suis noir, comme 67% des habitants de la Nouvelle-Orléans, mais ne fait pas parti de ces 30 % de la population qui vivaient en dessous du seuil de pauvreté. Quoi que comme un tiers des miens je vivais en dessous du niveau de la mer. Je fredonne "I'm Walking" en passant à Karen, ma fille. Elle doit être morte de peur...

Ils sont plus d'une dizaine de millier à être décédés ces dernières 72h tout alentour. L'équivalent de la moitié de la surface de la France, cette nation qui avait fondé ma ville aujourd'hui sous les eaux, a été dévasté par ce chaos, ce courou, venu des cieux. La Busherie est loin d'être finie. Il faudra des centaines de milliards de dollars pour reconstruire un retour à la "normal" sur les ruines de la si vulnérable superpuissance que j'ai cru être mon pays, ma fierté. La désolation apocalyptique, les cadavres que je croise et que personne n'ose plus regarder ni ramasser, la rage et l'agressivité montante, tout cela est plus que ce qu'aucun de nous ne peut supporter. Le tiers-monde, ce leurre jadis lointain, est à nos portes. Ce sont des pauvres et des noirs qui flottent et croisent l'embarcation qui me tient lieu de salut. Affamés, humiliés, dépassés, laissés à nous même, condamnés par le très haut pour tentative de survie (ou pillage), entassés dans des stades devenus plus insalubres encore que les pires de nos ghettos, où scènes de violences, viols, rages, pleures et cris sont devenus un quotidien jusqu'alors inimaginable, nous sommes ces animaux qui s'interogent. CHEZ NOUS. "Ce n'est ni l'Irak, ni la Somalie" répète à qui peut l'entendre un commentateur aphone dans ce poste sauvé des eaux. Mais ces digues que l'on a cessées d'entretenir, c'est pour guerroyer ailleurs que l'on y a renoncé. Les forces de "l'ordre" (2800 hommes face à 300 000 réfugiés - ce mot n'avait jamais été employé à propos de mes compatriotes) sont prêtes à dégainer, se ruent sur les plus démunis en quête de quoi que se soit qui puisse permettre leur survie. Et relâchent les membres de gangs venus piller des armes au Wall Mart, faute de temps et de moyen pour rétablir cet "ordre" au goût de vague souvenir. Rien ne sera plus comme avant. En 1927, un drame de la même teneur ; l'historique crue du Mississipi ; avait été le prélude au New Deal de Roosevelt. Mais aujourd'hui ? Et demain ? L'on se tire dessus pour monter dans les bus qui quittent la ville encadrés de véhicules surmontés d'hommes en arme.

La paie devait arriver ce week-end. Lundi j'avais un ami qui devait passer, l'on aurait du jouer ensemble, faire pleurer les guitares. Ce sont les inégalités que nous devrons voir en face. La mélodie a cessé. Le rythme est cassé. Tous les dons et autres téléthons n'y pourront rien. Je suis terrifié. Mes 77 ans ne m'avaient jamais livré si tragique spectacle sur la terre qui a vue fouéter mes ancêtres. Al Katrina m'a tué. Si ce n'est de faim ou victime de cette haine extraordinaire, c'est de honte que je mourrai.
Triste Amérique.

 

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Publié dans nues

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nico 04/09/2005 12:17

actuz tu bois trop :)

actuz boy 04/09/2005 02:36

l'anglais!!!!!!!!!!!!!!!! et la bretagne merde !!!!!!!!

nico 03/09/2005 20:56

c'est une fiction, j'ai écrit ce texte ce matin. je ne vois aucun soucis à ce que celui-ci traverse la manche :)

F. de C. 03/09/2005 20:55

Encore plus frappant quand le nom de la victime est connu. Je voulais faire passer ce texte à des amis overseas mais ils ne parlent qu'anglais. Mais si tu as trouvé ce message dans une bouteille à la mer, comme il semblerait, tu l'as probablement en anglais. Tu pourrais l'éditer en V.O. ? Please. -- Et : oui, j'aime ton blog.

Have a nice day!