Angel m'a dit [1]

Publié le par Nico





"Lettre à Demain"








Article rédigé en janvier 2003,
Première mise en ligne
le 21 octobre 2004






Bonjour Demain !


Je prends ce temps, absurde et désuet, pour m’adresser à toi, oh ! Grand Demain. Non pas à la chaste et éternelle grande main divine, que je compte cela dit parmis mes précieux lecteurs, non, cette lettre est adressée au grondement, à ce lendemain qui omnubilise mes réflexions.


En toutes circonstances, nous nous évertuons à créer un Demain, à venir, supportable, ou pour les plus épicuriens et les moins concernés d’entre nous, à rendre appréciable cet aujourd’hui dont on a le plus grand mal à jouir. Alors, oui, Demain, long Demain, si proche et impalpable lendemain, c’est à toi que je m’adresse en cet an de heurt. Je me permets le tutoiement, très cher Demain,  ce qui n’est pas faute d’être coutumier du vouvoiement, mais parce que nous sommes maintenant familiers. En effet, chaque soir, c’est à toi que je songe ; à chaque nouvelle du monde, c’est pour toi que je tremble, à chaque seconde, je tente de te séduire, voir de te modeler… Notre relation oscille entre amour, admiration et crainte. Ainsi, à travers cet attachement, sincère, tu me sembles plus humain. Je ne suis, cela dit, pas intimement convaincu que tu le sois, humain, Demain.


En tout état de cause, c’est un peu là le leitmotiv de ma démarche, que je saisis au fur et à mesure que ces mots me viennent, que les maux  s’enchaînent. Parce que, oh ! Demain, bien plus noble que l’eau de pied et pourtant déjà rance, je rencontre les pires difficultés à t’envisager sereinement. Mes contemporains, à l’image de leurs aïeux, me donnent cette indélicate impression de ne pas avoir saisi combien tu es menacé… Ou, et ce n’est pas dans le simple but de nuancer mon propos, combien tu es menaçant. Il aurait pu en être différemment, et cela sent mauvais, mauvais sang ; ces effluves de charognes sont insoutenables. 


Je porte en moi ce sentiment, qui n’a rien de neuf, ni de constructif, de danger imminent, omniprésent. L’actualité, sordide fruit du pécher, ce présent qui grandit à l’hombre d’hier, me rappelle chaque jour qui passe la subtile fragilité d’un équilibre dont j’ai la plus grande peine à croire qu’il subsiste, voir qu’il ne soit pas, depuis un certain temps, qu’une hérésie caduque, bien que persistante, maladroitement brandie face aux menaces qui planent sur nos têtes. Telles des vautours, ces peurs m’effleurent et je me fane, les pores de ma peau s’irrissent, et le mal, en moi, s’immisce ; mon souffle est court. Cette échéance belliqueuse me rend plus inquiet encore, d’informations en reportages.


Crotte, Demain ! J’ai beau avoir grandi en m’entendant répéter les sempiternelles «  de mon temps, c’était plus facile »,  je ne m’y fais pas, et n’en crois rien. Ce n’est pas vrai, Demain, hier n’était pas plus aisé, ou si peu. Sans doute avons nous en main aujourd’hui suffisamment d’éléments pour saisir les tenants et les aboutissants de nos chroniques difficultés. Ou bien ces éléments sont ils de nature si complexe, si dramatique, que se sont eux qui nous accablent…


Quoi qu’il en soit, Demain, si je prends la plume en cette mi janvier deux mille trois, c’est parce que ta déchirante passion pour le Golf , Arabo-Persique, ton absence quasi total d’intérêt pour le devenir des Orients, proches ou moyennement proches, étymologiquement ou concrètement extrêmes, ton orgueil, ta foi dans le marché et ta volonté de domination, me font froid dans le dos. Je n’ai point un poil, Demain, alors je vais ouvrir ma gueule. Cela n’y fera rien, j’en conviens, mais je t’en conjure, j’ai les crocs, grand Demain, fais en sorte que tu ne ressembles, en rien, à ces lendemains qui déchantent que l’on nous conte. Puissent se gourer ces oiseaux de mauvaise augure.


Aussi, je compte sur toi, même si tu n’y peux rien. Transmets, je t’en prie, ce message aux puissants qui s’agitent frénétiquement pour contrôler ors noirs et mouroirs, dans l’unique but d’accumuler plus de dollars, d’imposer leur acculture, mauvais polard. Je passerai peut être pour un zonard, mais qu’importe, il n’est probablement pas trop tard. Demain, change !


Je ne veux plus penser à toi, tu m’effraies, tu m’ennuies, et je suis las. Dis leur, toi, aux autres, que tu véhicules en toi les pires périls, et qu’ils ont en eux les clefs de ton énigme. La conscience collective n’est rien. L’inconscient collectif détruit tout. Demain en sera-t-il différent ? Demain sera t il différent, enfin ? Ou nos espoirs vains sonneront ils la fin de cet appétit malsain ?


Rappelle toi, Demain, comment hier tu t’es mordu les doigts d’avoir mis la main dans ce sinistre engrenage guerrier. Les vautours s’essoufflent. Hier pleure. Aujourd’hui, songe, afin d’éviter que demain tu ne replonges. Et si tu touchais le fond, dis lui, au fond, Demain, les fondements de cet autre monde dont nous rêvons, toi et moi, et brisons ce toit, cassons ces murs dans l’enceinte desquels nous avons grossi, en omettant de mûrir.


Demain branle, et cela n’a rien d’érotique, ni d’exotique. Il tremble. Le monde en marche a confondu viseur et rétroviseur, il embraye, en broie, et se congratule. Cette polie tique suce jusqu’à la moelle de notre essence. Un nouveau saut de puce vers la bêtise, et c’est fini. 


Changer de cap est une nécessité.
Qui donc en doute ? ça vaut le coup. Demain, ce modèle périmé qui a vu mourir et s’affronter pères et mères, se nourrir toute sorte de misères, pourrait imploser, à moins qu’il ne soit expressément repensé.


Nul ne l’ignore, il ne suffira pas d’un tour de main.
Un véritable coup de pied est nécessaire, que nos dirigeants doivent donner, et pas Demain, sans cela nous pourrions intervenir, leur donner un violent coup de main.


Rien n’est irréversible, si ce n’est le temps, ce temps qui passe, sans que nul n’y fasse quoi que se soit. Je me fâche. Ce sera sans conséquence, je le redoute, mais Demain… Prenons notre avenir en main ; le chemin est long, il est miné, truffé d’obstacles, de l’égocentrisme à la xénophobie, mais sans cela, sans nous, sans ces voix qui s’élèvent, nous pourrions tout bonnement n’être plus, et notre environnement non plus, si se lèvent ces armées qui s’amoncellent, et scellent ainsi nos devenirs.


Deux mille un… Ce tendre deux mille un, friable jusque dans nos mémoires, n’aura servi à rien. Le sud a faim. 


 
 A Demain ;)


 


[ to be continued > rdv demain 8h pour une nouvelle rediff' ]



Publié dans nues

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