Néocolonialisme versus (im)migrations

Publié le par Nico











Ici l'on greffe un visage.
Là-bas on meurt de la grippe, du paludisme, de la misère.
Ici les sportifs seront génétiquement modifiés, les naissances plannifiées.
Là-bas l'on pratique une médecine millénaire parfois dépassée, souvent réellement archaïque et l'on subit les pires pollutions industrielles.
Ici l'on dresse des barbelés, renforce les frontières, renvoie au pays.
Là-bas émigrer est parfois le seul espoir, celui de survivre, tout simplement.
Ici l'on parle de co-développement.
Là-bas en bien des points l'on régresse.
Et l'on rêve de "l'air de France".
 
Quand la semaine dernière nos chers têtes chauves se sont penchées sur ce texte ignoré dans la chaleur estivale et qui dictait aux historiens la lecture à communiquer à d'autres têtes blondes de la colonisation, notre gauche pour une fois justement effarouchée a levé les boucliers. Ceux de la bien-pensance, soit. Mais valait-il mieux laisser aller et cautionner cette ambigue aide à la mémoire positive, à la bien-pensance bien plus redoutable ?

Quand le Chi' au Mali (suite et ultimes célébrations des voyages de Oui-Oui) tente de clarifier le double-jeu français vis a vis de sa maîtresse africaine, il se fait traiter de néocolon [lors du contre-sommet à Bamako]. Il est vrai qu'il est grand temps que ce soit l'Europe qui s'adresse à l'Afrique. Mais dans l'ignorance ambiante, faut-il décrier les pas (de nain) d'une vieille France à la bonne (voir la mauvaise) conscience à fleur de peau ?

Quand Paris fait passer son aide publique au développement de 0,41% à 0,47% du PIB et dans le même temps réduit de 2,8 milliards la dette des pays d'Afrique - en particulier sub-saharienne - l'on peut se féliciter. Ou refaire les comptes. Ces dettes, qui n'auraient jamais été payées, ont réduit d'autant l'aide directe. Et voilà 2,8 milliards d'Euros qui n'auront pas eu le temps d'être détournés dès les brûlant tarmacs congolais (premier bénéficiaire au demeurant de cette aide).
 
Quand l'on évoque ces millions d'habitant du "Sud" qui apprêtent à migrer vers ce "Nord" riche d'autant de promesse que de désillusions, nul ne tremble, ou alors de la crête et des ergots, et les réflexes nationalistes de réapparaître plus vifs encore. Parti très (trop ?) tôt dans la course à qui perd-gagne, Dodelinant au delà de la rupture qu'il s'est approprié a détourné de leur élites fascisantes nombre d'électeurs prompt à se laisser séduire par qui leur dira que pas plus que le nuage de Tchernobyl, la vache folle ou l'agrippe à vie(R), les manants et pleutres gredins des lointaines contrés déshéritées ne fouleront notre sol-patrie. Balivernes et manipulations.
 
Notre néocolonialisme, qu'il soit révisionnisme (notamment face à l'enseignement de l'Histoire - de quoi se mêlent les politiques ?!) qu'il soit réflexe nationaliste primaire (et conséquences entre autres électorales) ou jeux de dupe (et comptabilité de l'escroquerie fondatrice), ce néo-égoïsme nourrit un système dans lequel toute belle initiative ne survie que dans son pendant carnassier. Les grandes migrations qu'extrême misère, réchauffement et dérèglements climatiques, iniquités flagrantes et croissantes (au sein même de nos sociétés soit dit en passant) justifiront ne se régleront pas à coups de références dogmatiques ou de kilomètres de barbelés et autres additions de charters et karshers.

 Un seul état de fait justifiera tous les périls encourus : là-bas, au bled, en deux ans d'un salaire si convoité votre alter-ego gagnera péniblement ce que vous dépensez mensuellement. Dix ans ailleurs lui seront nécessaire. Une vie peut-être. Ah oui, le mot qui (vous) dérange c'est peut-être alter-ego ?

 
TF1 pourra nous coller toutes les Miss France du monde face à tous les Téléthons du PAF, notre justice se flageller, nos banlieues se survivre dans le chaos quotidien, tant que celui d'en face crèvera de faim, Nos élans du coeur et de raison n'auront pour issus que l'amertume et pour goût que celui de l'inachevé.

 
Entre ingérence et indifférence le choix sera cornélien.
C'est aussi pourquoi au delà des peuples et des nations nous devons inventer ou redimensionner les seules instances en mesure d'acter le changement.
Elles ne sont ni divines ni ne seront le fait d'hommes providentiels.
Afin de conjuguer cet ici où l'on court et cet ailleurs ou l'on rame, il faudra plus qu'un pont.
Pour se faire l'ONU (entre autres) est une bien fragile passerelle, à l'utopie brisée.




Publié dans nues

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