"Brouillon" de l'article de demain

Publié le par Nico



L’espoir est un coupe-feu.

 

 

 

 

 paris riots

 

 

 

 

C’était le 27 octobre dernier. Jeanne - appelons-là Jeanne - en avait marre de ces jeunes qui se réunissaient devant le porche de son immeuble. Tellement marre que ce jour-là elle appela la police, dénonçant un (im)probable cambriolage à l’agent qui réceptionna son appel. Quand les véhicules des forces de l’ordre arrivèrent sirènes hurlantes en dérapage plus ou moins contrôlé, Jeanne était à sa fenêtre, les volets quasi clos (comme souvent) elle regardait en bas ces jeunes jusque-là si bruyants et sûrs d’eux courir en tous sens. Elle souriait. Ce « coup de pied dans la fourmilière » lui garantissait croyait-elle une nuit calme. Enfin. Ce fut la dernière nuit où Jeanne trouva le sommeil. C’était il y a dix jours.

 

 

 

 

C’est qu’elle les connaissait bien, Bouna (15 ans) et Zinab (17 ans). Depuis ce jour elle les imaginait transi et brûlant vifs sous cet arc électrique. Depuis ce jour plus de 4000 voitures brûlèrent dans les citées du nord et de l’est parisien, puis ailleurs jusqu'à "contaminer" plus de 200 communes et la province, 400 à 800 "jeunes" furent interpellés (selon les sources et à l’heure ou j’édite cet article) un ministre fut caillassé, un représentant religieux appelé à l'aide de l'État Laïque en faillite, des CRS, entre autres, blessés (déjà plus de 60 représentants des forces de l'ordre, de source policière) et des « voyous » comme elle même les nommait furent mis derrière les verrous. Une trentaine déjà. Jeanne ne se remettra pas de si tôt de ce 27 octobre et de cet appel, s’avoue-t-elle depuis en cherchant le sommeil sous ses draps de culpabilité : un appel qu’elle n’aurait sans doute jamais du passer. Ce soir encore Jeanne, ces voisins, ces amis et beaucoup d’autres se rappelleront en veillant tard de cette histoire de battement d’aile de papillon à laquelle elle n’avait auparavant pas accordé le moindre intérêt.

 

 

 

 

Jeanne, c’est l’image d’une France honteuse et excédée. C’est une France qui aimerait prendre ses problèmes à bras le corps, sans insulte, sans discrimination, sans tergiversation et qui regrette aussitôt le moindre (faux)pas de fait les conséquences inenvisagées de ses agissements incriminables. Allez expliquer à Jeanne que si son acte n’était guère honorable elle n’est pas plus responsable – au delà des apparences et de sa délation - de ce déchaînement de haine que la presse étrangère qualifie de « Tchétchénie française ». Car Jeanne ne dort plus, Bouna et Zinab vivent d’autant moins, et Muhittin (le 3° jeune rescapé de cette folle cavalcade) reste brûlé au 3° degrés, consommé jusqu’à l’âme. Une âme incinérée dans le foyer incandescent de cités insalubres, foyer alimenté au renoncement parentale, à l’abandon d’État et à l’effet loupe de médias complices. Et à la connerie plus qu'à quelque récupération que se soit. Les flammes font vendre, les cris tendre l’oreille et les assauts de CRS se dire au bon citoyen combien il est loin cet ordre chéri qu’un seul homme tente d’incarner. "Clichy dans la colle récolte la tempête..." Ou un truc comme ça.

 

 

 

 

C’est que ni Jeanne, ni Nicolas Sarkozy (Son "Karsher" et "sa racaille", resservis hors contexte - en réponse à une habitante depuis la dalle d'Argenteuil - et à toutes les sauces. Dieux sait que j'exècre en bien des points le bonhomme mais le parti-pris des médias est ici flagrant et peut-être "criminel" ] ni les journalistes aux œillères et autres oreillettes arrimées [ certains parlent quand même "d'Intifada des banlieues" ! ] ni les parents démissionnaires, ni l’État faignant et inéquitable et ses écoles et administrations exsangues, ni même les bleus en armure ou les marrons encagoulés qui se tapent sur la gueule chaque nuit ne sont seuls et uniques responsables d’une violence aveugle et calamiteuse. C’est tout un « système »  qui tourne en vase clos [ que Romano Prodi qualifie déjà de "situation à la parisienne" expression que l'on a pas fini d'entendre à l'étranger, nous, les grands donneurs de leçons s'il en est ]. Un système qui fait préférer l’avoir à l’être, le pouvoir au progrès, le très court terme au durable, le visible à l’efficace, le facile au sensé, le rentable à l’incontournable. Et ça Monsieur, cela n'est pas français, pas simplement français. S’il n’est pas une solution rêvée, il n’en est pas moins évident que la révolte qui agite nos incandescentes banlieues « déshéritées » n’a d’autre revendication qu’un "raz le bol" que Jeanne et d’autres avant (et demain encore) tentent et tenteront d’exprimer par tous les moyens. Contrastés. Les coûts seront astronomiques (financiers, économiques, mais surtout moral voir psychologique : déjà des familles partent, ce qui génère un peu plus de "ghettoïsation", ou encore en terme d'image donc de discriminations à venir, notamment à l'emploi).

 

 

 

 

Alors oui, « changeons le monde »… Vaste chantier. Crions plus fort et tous en cœur (nos désaccords feront chorale)  combien ce trop plein d’aberrations politico-calculatoires nous coûte, nous blesse, nous tue. Tout comme l'absence de responsabilisation de chacun, en bien des cas. A l’heure où marques, groupes, hommes politiques, presqu’ados et autres aduléscents, chefs d’entreprises, salariés, étudiants, recruteurs, agences de comm’, ONG & co tournent leur regard vers cette blogosphère dont on dit tant et sait si peu, je voudrais profiter de mon humble expérience on-line pour témoigner de ce que cet outil permet, d’expression, d’écho (et donc de débats), de délivrances parfois, de rencontres véritables (par affinité de pensée), combien cet outil est adéquat à des rébellions ou des prises de conscience. Comme l’écrivait récemment Adam, c’est sa propre pensée que l’on construit en écrivant quotidiennement, son propre esprit que l’on forge en le triturant, en le poussant dans ses retranchements, en s’interrogeant chaque jour, chaque instant, sur le sens, les causes ou les conséquences d’un fait de société, d’une conviction affirmée, d’idéaux rêvés.

 

 

 

 

Nos blogs n’apporteront aucune solution à ces drames qui se jouent chaque nuit quand les bouteilles de White Spirit font concours (de lumières vives) avec les gyrophares [ pour la première fois les blogs ont même servis à organiser les rdv de "casseurs", sous l'œil vigilant des RG ]… Peut être apporteront-ils un éclairage, au milieu de tant d’autres que les « vrais journalistes » et autres « personnalités publiques » essaient d’apporter. De l’eau à ce moulin. Des gouttes d’une eau parfois insalubre contre un incendie criminel. Des larmes de douleur face à des pyromanes, qu’ils soient énarques, technocrates ou chefaillons de bandes en "baggis et Nikes". Des perles d’une sueur qui écrivent « PEUR » [ à tort ?! ] en lettres capitales humides et mots virtuels sur des fronts assiégés. Nos mots ne sont pas rien. Ils sont l’expression d’un ressenti, parfois même d’une réflexion. Dans le cafarnaum qu’est ce début d’hiver, de pandémie de peste jaune en épizootie de violences dites urbaines, ces mots, nos mots, sont nécessaires. Je ne doute pas que s’y niche même ça-et-là de l’espoir.
Et l’espoir est un coupe-feu.
Re-fléchissons.
Le silence tue.

 

 

 

 

Et Les nuits promettent d'être longues.



Publié dans nues

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nico 14/11/2005 09:18

héhé !
ici une rayure se nomme commentaire ;)

F. de C. 12/11/2005 21:09

'arce que j'ai effacé la moitié.
Note qu'en attendant que ça change totalement, on reste toujours le Toubab ou le Ntm de quelqu'un :)
Bon, j'espère qu'on va pas te rayer le blog maintenant...
Pourquoi ? 'arce qu'il est de la même couleur que ta voiture.

nico 12/11/2005 19:53

FdeC > pourquoi "quand même" ?!
encore !!

:)

F. de C. 11/11/2005 23:12

Nico, j'en poste tout de même un extrait...

Changer... de regard

[...]
C'est une émission littéraire. Un homme prend la parole et il commence à expliquer (approximatif) : si je veux communiquer avec ma famille, je n'utilise pas un tam-tam mais un téléphone mobile ; si je retourne voir mes parents, je ne prends pas une pagaie mais un billet d'avion... Et la liste était longue, qui concernait ses loisirs, la musique qu'il écoutait ou les vêtements achetés, les relations avec ses amis, ou encore : quand je dis "chez moi", je pense à la Bourgogne... J'aime le bon vin et quand je veux manger, je ne grimpe pas aux arbres pour cueillir des bananes, je vais au restaurant. Je me sens profondément français... Pourtant, on me présente toujours comme un Africain.

Mais le plus drôle était dans le regard de ceux qui l'écoutaient. Une sorte d'étonnement qui disait en silence : "Bon sang, mais c'est bien sûr ! Que n'y ai-je pensé plus tôt !" Il ne cueille pas les bananes sur les arbres. En fait chacun se rendait compte des clichés qu'il avait en tête depuis... sa petite enfance. C'est à l'école qu'on nous apprend qu'en Afrique, il y a le peuple noir, en Asie la race jaune, et sur Mars les hommes verts. Les nouvelles couleurs tendance, elles sont en train de sortir... Faut le temps qu'on s'habitue.
[...]

nico 10/11/2005 10:14

a me fait plaisir de te recroiser Bettina... Maintenant ? action ! nous, relais d'opinion, pouvons nous mobiliser pour changer (ou sauver) "Demain"...