Eté Indien

Publié le par Nico









Je ne sais si les gamins des cités du Nord de Paris qui depuis sept jours maintenant s'embrasent au point que l'on parle de possible "couvre-feu" (!) ou de "guerre civile" (!!) et ceux, pas tous des gosses ceux-là, qui brûlent des voitures et caillassent les "forces de l'ordre", je ne sais pas donc s'ils regardent le Soir 3 de Marie Drucker. [Marie si tu m'entends !]

Si pendant des années Leymergie m'a réveillé (je l'ai croisé dernièrement, il a pris un coup de vieux le gars William) désormais je zappe direct sur Europe 1 le matin, évitant tout poste de télévision. Mais le soir, c'est Marie qui souvent me souhaite bonne nuit. Hier soir chez Marie il y avait une petite leçon de vie distillée en trois actes.
 
Acte 1 : les banlieues sans dessus-dessous, violences et insultes font la "une". La tête du mec qui vient de s'en prendre une (de raclée) du petit-dodelinant-de-la-tête qui ne dodelinait d'ailleurs pas. Près de 200 voitures brûlées cette nuit-là, trois départements "contaminés". Cars de CRS et joutes verbales sont de sortie. Et le Chi' dans l'élan (MP3). Un dialogue rompu et un bilan calamiteux.
 
Acte 2 : le ministre. Copé. Porte-parole du gouvernement. Il évite prudemment toutes les questions de Marie, qui ne bronche pas. Il récite. Copé finie alors royalement " vous verrez qu'il y a en France des endroits ou c'est possible" [NDLR : l'accession à la propriété pour des familles aux revenus "modestes"]. Wouaaaouw ! Serait-on tenté de dire... Est-ce normal que la flambée des pris, là en particulier de l'immobilier, aient rendu impossible cette accession à la propriété au plus grand nombre des familles "démunies" ? Était-ce d'ailleurs la question posée ? Et n'est-ce pas un niveau d'exigence bien maigre et bien en deçà de celui bruyamment sollicité ?
 
Acte 3 : Mali. Lui veut y partir à Clichy. Demain si on lui dit "Go". Mais par la voie légale. "Ce n'est pas normal de laisser ces gens empêtrés comme ça !" s'exclame-t-il. Ces gens, ce sont ceux qui sont partis par l'autre voie. Morts noyés, tués, ou pire abandonnés, entre un continent mourant et une utopique autre rive ensoleillée.

Voilà. J'aurais brûlé quelques voitures, jeté différents objets contendants et insulté copieusement ma palanquée de CRS ces dernières nuits, foutu mon bordel et hurlé ma rage à coups de mépris (réciproque) je crois que ce gars, là, le malien, il m'aurait "cassé les couilles" hier soir devant mon poste. Gêné donc emmerdé. Ou j'aurais réussi à trouver dans son absolue misère une justification à mes actes et préparé peut-être un cocktail Molotov. En fait je ne sais pas et ne saurais jamais ce qui se passe dans la tête du gars qui te brûle ta bagnole sur un coup de ras-le-bol. Ou y'a un deal. C'est peut-être de s'être fait traité de "racaille", de "voyou" et menacé d'être "passé au Karsher" au prix d'une "tolérance zéro" qui l'a énervé.

Et c'est peut-être cela, l'été indien.
La réserve qui se révolte et ébranle Fort Alamo.
Raconté par Marie, ça me va.



Update > lu à ce sujet de bons papiers sur Agoravox et chez José entre autres.
 



Publié dans nues

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Longuefeuille 05/11/2005 11:30

Bjr,
Ce petit texte me rappelle que la France ne reçoit que les fruits qu'elle a semé pendant près d'un siècle de politique de l'immigration. Il s'agit du communautarisme inhérent à la mise en retrait constant de ces communauté. Franchement, lorsqu'on prend une carte topographique de Paris, on peut remarquer que les banlieues sont de tous les point de vues isolés: Isolé par les grands axes , véritable frontière; isolé par les réseaux de transports ( peu de bus en banlieue).... Isolé, donc, livré à eux-même, les banlieues ont constitué une véritable culture qui a fondé leur identité. Nous sommes confrontée à un choc des cultures: l'exclusion pour les uns et un sorte d'ethnocentrisme pour les autres... Cette situation est proche du printemps des peuples : crise économique, paupérisation et accroissement des inégalités sociales ... Les haines grandissent et l'ordre veut les faire taire.

Nico 03/11/2005 18:27

update > un petit mp3 du Chi', façon guignoles (acte 1)...

José > pas simple problématique..

ik > pour une fois qu'on est d'accord, c'est pas flagrant :)

ik 03/11/2005 10:37

J'ai vécu quasiment toute ma vie en banlieue , et pas la moins chaude , maintenant exilée à Paris la vie change , mais le matin découvrir sa voiture brulée tu veux bien qu'il y ait de la précarité mais c'est pas la voiture du ministre qui brule c'est celle du smicard alors désolée mais je suis un peu moyenne sur le sujet !!!! Il ne faut pas confondre les luttes

José 03/11/2005 10:14

On est toujours l'idiot de quelqu'un. On est toujours le lumpen de quelqu'un...

Tout de même, quel étrange système, celui qui place à la fois 20 mecs et quelques millions d'autres en réserve de la République. Evidemment pas dans la même réserve !

A la différence de ceux de Fort Alamo, nos indiens sont nombreux, ils ont la démographie pour eux, si l'on ajoute à ceux des cités, ceux qui essaient de franchir la Méditerranée. Les cowboys de Sarko-Custer ont du mouron à se faire...