Ils ont tué le Sud

Publié le par Nico








Lors d'une discussion née et poursuivie ici, j'ai évoqué un vieux post (sur lequel je n'ai pas remis la main pour l'instant). Mais en le cherchant dans le disque dur de ma mémoire molle, c'est sur celui-ci que je suis tombé [2004]...

Texte "long" début d'une nouvelle...
Ceux qui "détestent" les articles trop long peuvent directement "sauter" ici ou , j'y ai besoin d'eux :)

Excellente fin de semaine,
Je ne sais si je pourrai poster d'ici dimanche.


Le tôlier.



Rediff' musicale (over the rainbow by gentle giant) pour lire "décalé"


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Cet email n’est pas un spam. Il est lourd, il est long. Cela dit il m’aura fallu une vie pour parvenir à cette fin. L’expédier. Que vous me croyez ou non, c’est d’un peu plus tard, pas si loin, de très prochainement en fait, que je vous l’envoie.
 
2105. un saut de puce dans la course du monde. J’aurais tant aimé qu’il en soit ainsi… Assis toi lecteur. Ce que j’ai à te dire mérite ton attention. Un chiffre, par exemple, pour t’en rendre compte : 8 milliards.
 
La terre n’a jamais dépassé les 8 milliards d’habitants. Parce qu’il y a dix ans, moins d’un milliard d’être humains se partageaient 90 % des richesses tandis que les conditions de vie des 7 autres milliards n’avaient cessé de se dégrader et les nouvelles épidémies de proliférer. Mais nul n’avait jusqu’alors imaginé que le pire soit ainsi commis pour y remédier.
 
 
 
 
Madame, Mademoiselle, Monsieur, en 2095, la plus célèbre des bombes qu’aient connu les arsenaux de toute nationalité a été mise à feu. Celle qui était l’arme absolue des nations les plus riches aura donc servi leur dessin, de « destruction créatrice ».
 
1 milliard. Un peu moins en réalité. 5 ans après nous sommes donc quelques 900 millions de « survivants », victime également d’un dévastateur cancer : la mémoire. Le souvenir de ce que la quête de plus de profit, de confort et de technologie aura permis.
 
 
 
 
Il m’aura fallu une vie. Si cet email vous est parvenu c’est que j’ai donc réussi. Réussi à ce qu’il vous arrive quelques dizaines d’années auparavant. J’espère qu’il est encore temps. L’évidence que les maux provenaient des inégalité nord-sud les a amené à se séparer du sud. Ils ont tué le sud. Nous ne nous en remettrons sans doute jamais. A moins que… à moins que vous n’agissiez, Papa, Maman.
 
 
 
 
 


Sauf grossière erreur technique de ma part, nous sommes en 2005. A quelques années près. Une anecdote, je crois que c’est l’année de votre rencontre, mes chers parents.
 
Un petit rappel à votre attention. Le drame dont je vous parle ne date pas de mon époque. En 2005, et là aussi, à quelques approximations près, le milliard des hommes les plus défavorisés ne récupère que 1,4% des richesses de la planète, leur revenu est inférieur à 1$ par jour (au cours de votre dollar contemporain), ils n’ont ni eau potable, ni électricité, ne savent ni lire, ni écrire, se déplacent à pied, ils atteignent le seuil de malnutrition chronique, sont sans abris et sans avenir quand le milliard le plus riche consomme prés de 70 % des produits alimentaires du monde, 70 % de l'énergie, 75 % des métaux, 85 % du bois, emploie 90 % des crédits de recherche et développement (R&D), 80 % des dépenses d'éducation, consomme 40 % de graisses animales, aux alentours de 500 millions roulent en voiture (ce qui représente plus de 20 % des émissions de CO2), ils dépensent des milliards en régime amaigrissant, et l'argent de poche de tous leurs enfants (150 $ par an aux USA) dépasse le revenu global des 500 millions les plus défavorisés… dois je continuer ainsi longtemps ?
 
 
Je vais avoir quatre vingt cinq ans et je vais en rester là. Je n’ai pas envie de continuer ce chemin que le monde a pris, dans lequel je ne supporte plus de voir et revoir ces images, odieuses, de l’éradication de la misère par le pire. Leurs peurs ont crucifié mes rêves. Avant de partir je veux vous conter.. ce que vous avez fait.
 
 
 
Prenons pour hypothèse de remonter le temps au jour de ma conception, Maman, je crois que tu t’en souviendras. Tu étais belle et vous aviez bu. C’était le premier jour d’octobre, une saison que vous détestiez, papa et toi. En ce temps là se déroulait la campagne pour ou contre la réélection de W (vous m’excuserez, son nom m’est douloureux), C dirigeait encore la France, et l’Europe se demandait si elle allait "accepter d’accepter" le projet de constitution qu’elle s’était écrite. L’Irak bouillonnait, Israël répondait à la Palestine à grand coût de mortier, et l’Arabie, encore saoudite, irriguait son pétrole. Ce coin là ne s’est pas assagi, chers parents. L’Inde grandissait et la Chine se réveillait, les Etats Unis toussotaient sans soigner cette grippe dit déficit qui allait la tuer, et P… ce nom là m’est vraiment impossible. P faisait l’appel en cette froide Russie.
 
Le temps était gris et froid, l’été avait été maussade, en cet an de heurt. 2004 finissait mollement sur une reprise tant éphémère qu’attendue. Mahatma Gandhi avait dit ou écrit un jour, je crois à cette époque « Les riches doivent vivre plus simplement pour que les pauvres puissent simplement vivre ». Vous m’avez conçu dans cette ambiance, raisonnablement concernée mais distante, si distante face à l’imminence du pire. Ce que vous appeliez le web a tout rendu si rapide, si facile, l’information d’abord, les échanges, tous les échanges..ceux de riches à riches. Bien entendu. Puis vient l’accès des plus pauvres à l’environnement immédiat des dites "classes moyennes". Seul celui qui n’a rien risque tout. Les veuves noires et autres kamikazes sont souvent ceux qui ont trop perdu, ou pas assez eu. Vous n’avez rien vu venir. Et dans ce chaos dont on taisait le nom, je suis arrivé au monde. Que vous le vouliez ou non, par votre faute.
 


 
Alors, pour ne pas rendre insupportable la lecture de ces pages, je ne vais pas vous conter ces années qui nous séparent et que vous avez vécues, mais celles que le monde vient de traverser. La réponse ultime à la révolte globale. L’histoire des 100 qui se sont pris pour dieu. En créant l’enfer.
 
Bienvenu donc en 2105, en octobre également. Nous sommes moins d’un mois après le « white heart blast », l’envole subit de milliards d’âmes innocentes, affamées, maladives, délaissées. Mais que nous n’oublierons jamais. Le souffle maléfique pétrificateur, jusqu’alors inimaginable. Un onze septembre de trop, un bégaiement de trop. Jamais les routes du paradis n’avait du être si encombrées. 7 milliards d’âme parties en fumées, le temps d’un flash, d’une poignée de millisecondes, atomisées, dispersées, disséminées, à jamais perdues. Bienvenue en enfer. Bienvenue demain.
 
 
 
Le soleil peinait à transpercer l’épaisse couche de nuages, qui n’en étaient pas. La pluie était encore acide, les terres gelées et enlaidies de fumerolles. L’odeur funeste de la ville, au loin, devenait plus supportable. Mais les visions d’horreur des rescapés moins chanceux, des « Type 2 », me hantaientt jour et nuit, encore, toujours. Les Types 1 (ceux qui était mort) représentaient l’essentiel de la défunte population terrestre. Les Types 2 étaient ceux qui auraient du mourir. L’Etat central résurgeant de cette crise avait décrété qu’aucun blessé ne devait survivre afin d’éviter toute contamination épidémique. Les Types 2 avaient tous été abattus, ou froidement laissés mourir en zone blanche. La chaux brûlait encore la peau des Type 3 (les survivants indemnes) qui étaient passés en zone blanche. J’aurais su une once de tout cela ce jour là, je me serais très certainement suicidé illico. Mais je ne l’avais pas fait lorsqu’un agent de la WCI m’agrippa le bras et me piqua. « Un marquage, rien de plus, dit il, si vous attentez à votre vie, nous vous immobilisons en arrêt cardiaque sur le champ. Où que vous soyez. Il en va de la survie de l’espèce humaine. Vous comprenez j’en suis sûr. Soyez sage. » Ainsi débuta le premier jour de l’après Blast. L’air était irrespirable. Je me sentais vieux, si vieux, et sale, tellement sale…


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Un cadeau avant de "partir" : http://www.combientumaimes.com/ :)




Publié dans nues

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malisan 20/10/2005 15:30

quand le fantastique donne une claque au réel...